Histoire des troubles du comportement alimentaire (TCA)

On dit souvent que les troubles du comportement alimentaire (l’anorexie et la boulimie en particulier) sont des maladies actuelles, liées aux exigences de la mode et de la société. Or, si on voyage un peu dans le temps, on peut trouver des premières descriptions d’anorexie dès le IXème siècle. Ces troubles ne sont pas si récents qu’on le pense…

Du jeûne religieux à l’anorexie mentale

Au IXème siècle c’est essentiellement dans un contexte religieux que des jeunes filles ont des comportements « anorexiques ». On parle de jeûne religieux. Il ne s’agit pas d’anorexie « mentale » telle qu’on peut la croiser aujourd’hui, mais dans l’application de préceptes religieux stricts où absence de règles rime avec pureté : en effet, le jeûne sévère supprime les règles. Pour ces jeunes filles, jeuner les rapproche de Dieu.

 

 

Au XVIIème siècle, une première description d’anorexie est donnée sous le terme de « phtisie nerveuse », en conséquence de la tuberculose (appelée phtisie à l’époque).
Au XIXème siècle, les médecins pensent que les anorexies auraient une origine « endocrinienne », c’est-à-dire qu’elles seraient causées par un dysfonctionnement de l’hypophyse qui est une glande située dans le cerveau qui régule certaines hormones. Ce dysfonctionnement provoque une perte de poids importante ainsi qu’une absence de règles (aménorrhée). Mais on ne parle toujours pas d’anorexie mentale…

Vers 1874, l’étude et le fonctionnement de l’appareil psychique commencent à intéresser les médecins. Freud et Charcot par exemple, (neurologues de l’époque), en font leur sujet d’étude principal. Le terme d’anorexie fait son apparition. On l’attribue alors, soit à des troubles digestifs, on parle alors d’anorexie apepsique, soit à des troubles psychiques, on parle alors d’anorexie hystérique. Pour la première fois il est envisagé que l’anorexie puisse avoir une origine psychique et pas seulement organique.

Les troubles du comportement alimentaire aujourd’hui

C’est vers les années 1950 que les médecins entrevoient l’idée que l’anorexie puisse avoir une origine psychique avec, comme conséquence, l’amaigrissement sévère et l’absence de règles (et non le contraire).
Après avoir été étudiée de près par le mouvement des psychanalystes qui envisageait cette maladie comme formant un binôme avec la boulimie, l’anorexie aujourd’hui fait partie d’un ensemble de troubles appelés Troubles du Comportement Alimentaire (TCA). Cet ensemble répond à une description et une classification très précise, consignée dans un manuel américain de psychiatrie appelé le DSM (Diagnostic and Statistical Manual). Ce manuel propose ainsi une classification plus vaste des TCA, allant au-delà du binôme boulimie / anorexie. On y trouve ainsi :

  • - L’anorexie
  • - La boulimie
  • - Le BED : binge eating disorder (ce sont les boulimiques obèses qui ne se font pas vomir)
  • - Le NES : night eating syndrome (le fait de se réveiller la nuit pour manger)
  • - L’hyperphagie (manger trop, de façon continue)

La prise en charge des troubles du comportement alimentaire aujourd’hui est pluridisciplinaire : médicale, diététique et psychologique. Différents types de psychothérapies peuvent également être envisagés (thérapie de type analytique et thérapie de type comportementale).

Les cas d’anorexie mentale sont en augmentation dans le monde occidental (pays européens, États-Unis, Canada, Japon…). Ils se retrouvent majoritairement dans les populations blanches et sont rares chez les noirs américains et africains. L’anorexie est plus fréquente dans les classes sociales moyennes et supérieures.

Certains sociologues posent l’hypothèse que cette différence s’expliquerait par le fait que la société occidentale est plus centrée sur l’individualisme, ce qui développe la compétition. La vie communautaire des sociétés plus traditionnelles atténuerait cet esprit de compétition individuelle.